Mardi 13 février 2007 2 13 /02 /Fév /2007 23:30

Par où commencer ?

Peut-être par cette soirée du 16 novembre 2006. Autour de moi, les gens trinquent, chantent, beuglent de joie. Pas moi. Les résultats de la primaire socialiste viennent d'être communiqués au siège de la fédé de Loire-Atlantique, et le résultat est catastrophique. C'est la candidate de l'image, des dérives droitières, de la démocratie d'opinion, de l'ordre moral, qui a gagné. Ras-de-marée dès le premier tour. Mon candidat, celui qui défendait le projet socialiste et l'ancrage à gauche du parti, est laminé. Pour moi, c'est sûr, le PS, c'est fini. Pas question de soutenir la cruche du Poitou. Les collectifs antilibéraux sont la dernière chance de la gauche, la seule façon de prendre le flambeau du mouvement anti-CPE, du non au TCE, de la rebellion contre le règne du fric.

Je me demande ce que je fous au PS. Oui, tiens, justement, qu'est-ce que je fous au PS ? Finalement, c'est par là que j'aurais dû commencer.

Nouveau flash-back. Nouvelle soirée. Cette fois, nous sommes en 2005, le 29 mai exactement. Le Traité Constitutionnel Européen vient d'être rejeté à 55%. Dans un premier temps, j'avais l'intention de voter oui, j'ai toujours été pro-européen, d'ailleurs mon premier meeting remonte à la campagne de Cohn-Bendit aux européennes de 1999. Si l'on veut construire la démocratie européenne pour peser au niveau mondial, il faut bien faire des compromis, j'en suis conscient. Mais enfin là, trop c'est trop. Des compromis, on ne fait que ça, depuis des années. Toujours plus de flexibilité. Toujours moins de services publics. Toujours plus de dumping social. Des riches toujours plus riches, des pauvres toujours plus pauvres. Il fallait bien dire stop, au moins une fois, pour que les gouvernants comprennent qu'ils n'ont pas le droit de faire passer leur camelote néolibérale en même temps que le rêve européen. Surtout, il était hors de question de laisser insulter ceux que je cotoie dans les manifs, tous ces syndicalistes, tous ces militants de gauche qu'on a traité d'anti-européens alors qu'ils sont les seuls à défendre les droits des travailleurs roumains sur les Chantiers de Saint-Nazaire depuis des années. J'ai fini par basculer du côté obscur de la force, du côté des affreux populistes, des extrêmistes rouges-bruns. J'ai voté non. Mais le non n'est pas suffisant ; encore faut-il proposer une alternative. C'est ce soir-là que je décide de m'inscrire au PS : ce parti est le seul à pouvoir amener la gauche au pouvoir, et si je veux qu'il propose une alternative (et non une simple alternance), je dois faire entendre ma voix, m'engager, peser dans le rapport de force. Sinon, il persistera dans son autisme, celui qui l'a mis en porte-à-faux avec son propre électorat sur la question européenne, celui qui l'a mené au désastre du 21 avril...

Le 21 avril... Et si je m'étais encore trompé de point de départ ? Et si finalement, tout découlait d'une autre soirée électorale ? Mon cheminement politique est un peu tortueux, tatonnant ; je m'y perd.

Voyons ça... Rewind. Stop. Play. Voilà, pile poil au printemps 2002. Deux visages viennent d'apparaitre sur des millions d'écrans. Le premier, sans surprise, est celui du président sortant, l'escroc en chef. Le second, celui de Josp... Non ! Jospin n'y est pas. Le candidat socialiste, celui dont le programme n'était pas socialiste, a été débordé sur sa gauche. Des candidats moins libéraux que lui (Laguillier, Gluckstein, Besancenot, Hue, Mamère, Chevènement, Taubira) totalisent plus de 26% des voix, soit 10 points de plus que lui. Pour ma première présidentielle, j'ai voté vert : la planète court à la catastrophe et la gauche doit mieux en tenir compte. Si c'était à refaire... Non, pour être tout à fait honnête, si c'était à refaire, je voterais la même chose. A-t-on seulement le droit d'exiger d'un candidat socialiste un peu d'utopie ? Un peu d'enthousiasme ? Un peu d'audace ?

Le 16 novembre 2006, j'ai bien l'impression que la réponse est non. Depuis 2002, je viens de vivre mon premier cycle politique en tant qu'électeur, je me suis engagé, j'ai espéré, j'y ai cru, j'ai défendu un projet socialiste qui mettait enfin un coup d'arrêt aux dérives sociales-libérales... Et au bout du compte, voilà le résultat : Ségolène Royal.

Sur le point de rendre ma carte du PS, j'ai envisagé un ralliement aux antilibéraux. Mais chez eux, ce n'était guère mieux. Le 29 mai 2005, ils n'avaient pas seulement gagné ; ils avaient aussi endossé, qu'ils le veuillent ou non, une immense responsabilité : répondre à l'espoir de refondation des millions de sympathisants de gauche qui leur avaient fait confiance au point de prendre le risque du non. Et ils n'avaient pas compris. Incapables de se mettre d'accord sur une candidature commune, les antilibéraux trahissaient l'espoir placé en eux lors du référendum. Ainsi ils se condamnaient à rester dans l'incantation contestataire, dans l'opposition stérile et sectaire au pouvoir politique. Et ça, je n'en veux pas. Je veux que mes espoirs se traduisent par un changement immédiat de politique. Ne serait-ce que pour les millions de précaires qui ne peuvent se permettre 5 ans de Sarkozy. De ma vie d'adulte, j'ai toujours connu la droite à l'Elysée : ça suffit !

Renoncements du PS, irresponsabilité des antilibéraux... Qu'allais-je faire ? Retourner à mes premières amours politiques, soutenir Dominique Voynet ? Arrêter de militer, me poser en observateur dégagé, distribuant les bons et les mauvais points ? C'est finalement Ségolène Royal qui, à mon grand étonnement, m'a tiré du dilemne. Car contre toute attente, depuis son investiture, la candidate du PS est enfin devenue une vraie candidate de gauche. Elle s'est d'abord employée à rassembler le plus possible autour d'elle : les radicaux d'abord, puis la gauche républicaine. Quel contraste avec l'atomisation de la gauche radicale ! Les termes de l'accord avec Chevènement ont marqué une rupture dans son positionnement, avec une plus grande attention portée au pouvoir d'achat, et ce fameux pôle public de l'énergie que Fabius avait tant défendu... Du coup, j'ai dressé l'oreille. Et depuis le début de l'année, miracle ! La voilà qui réaffirme le projet socialiste, qui remet en cause les cadeaux fiscaux de la droite aux plus riches, qui propose d'alourdir la loi SRU sur les logement sociaux et de surtaxer les logements vacants spéculatifs, qui met la fiscalité au service de l'environnement, qui annonce l'abrogation du CNE et le SMIC à 1500 euros... Les attaques indignes portées par la clique sarkozyste à son encontre m'ont définitivement poussé à faire bloc derrière la candidate socialiste. Improbable retournement !

Ce sera donc un soutien à Ségolène Royal. Mais attention, pas n'importe quel soutien. Je ne serai jamais un ségolâtre. Je ne me gênerai jamais pour dire mes désaccords, sur la régionalisation, sur le recul du nucléaire, sur les jurys populaires... Contre-productif ? Bien au contraire : l'autosatisfaction a fait beaucoup de mal à la candidature de Lionel Jospin. En 2002, il évoluait dans une bulle de courtisans, et ne s'est pas rendu compte qu'il faisait fausse route. En dehors du cercle des convaincus, on écoute peut-être plus celui qui sait garder son esprit critique. Soutien critique donc ; soutien ouvert, également. L'un de mes objectifs, en votant Fabius, était un large rassemblement de toutes les gauches, indispensable pour battre la droite. Je suis de gauche avant d'être socialiste : républicain laïcard comme Chevènement, écolo comme les Verts, attaché aux services publics comme les communistes... Mon soutien ne sera donc pas exclusif : je défendrai Dominique Voynet, Marie-George Buffet, et même José Bové quand ce sera nécessaire.

Voilà donc quand quel état d'esprit j'ouvre mon blog de campagne. Un blog éphémère, qui disparaitra au lendemain des législatives. Un blog de combat, définitivement partial.


Par Nakata - Publié dans : votez-nakata
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