Vendredi 21 novembre 2008
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Ce soir, nous pouvons nous souvenir de la vision du monde pour laquelle nous avons un jour sauté le pas et adhéré à ce drôle de machin qu'est le parti
socialiste.
Nous pouvons éteindre les mille soleils factices allumés par les bâtisseurs de cathédrales picto-charentaises, qui n'ont jamais assez de vitraux pour éblouir les
foules et mieux les embrigader.
Nous pouvons nous choisir un premier secrétaire qui serait un leader d'émancipation.
Emancipation des femmes vis-à-vis de la société patriarcale : enfin, à la tête du premier parti d'opposition, une femme rationnelle, combattive, qui cherche à
convaincre et non à séduire, pas une femme qui enfonce la moitié du genre humain dans les clichés essentialistes de la femme émotive par opposition à l'homme réfléchi. Pas une femme qui dit
sentir les électeurs comme elle sent un enfant dans son ventre bref, qui réduit la femme au statut de mère. On a besoin d'une responsable politique qui ait les mêmes qualités, et les mêmes
défauts, pas moins, que l'autre sexe. Il est là, le féminisme. Il est là, le véritable renouvellement de la société.
Emancipation vis-à-vis de l'obscurantisme religieux. Aubry vient d'un milieu catho de gauche, mais elle ne mélange pas la politique avec la foi. Malgré quelques
erreurs à Lille, c'est une laïque, soutenue par de vrais républicains attachés à une laïcité de combat, comme Fabius, ou maintenant Hamon. Dans le même temps, son adversaire truffe ses discours
de références... plus bibliques que jauressiennes.
Emancipation vis-à-vis de l'idéologie dominante. Royal voit l'hégémonie idéologique de la droite, et elle en conclut qu'il faut s'allier avec une partie de la
droite au niveau national pour être majoritaire. Mais ça ne fera que renforcer la domination des idées de droite dans les têtes ! Quand on est de gauche, quand on est opposé à Sarkozy, comment
choisir le camp de Royal, qui, souvent, ne s'oppose que sur la forme, et non sur le fond des réformes ? Je pense en particulier aux retraites, ou à l'université. Quand on est de gauche, quand on
s'oppose à Sarkozy, comment choisir le camp de Valls, qui voudrait faire un bout de chemin avec l'actuelle majorité présidentielle ? Quand on est de gauche, on n'accepte pas les idées
inacceptables, on les combat, et on cherche à convaincre les citoyens que les idéaux d'égalité, de solidarité, ne sont pas totalement ringards. Il faut porter la lutte sur le terrain économique
et social, et ça, des deux dernières candidates, seule Aubry le fait vraiment. Il faut travailler à l'union de la gauche, de toute la gauche et rien que la gauche... et ça aussi, c'est Aubry qui
le fait.
J'ai voté Hamon au premier tour. Parce qu'il portait un renouvellement, certes, mais surtout parce que c'est le candidat qui avait le mieux anticipé la crise et
remis en cause le libéralisme qui nous y a mené. A mes camarades qui ont voté Hamon et qui pourraient être tentés de voter Royal pour une histoire de rénovation, de renouvellement, rappelez-vous
de ma phrase introductive : quelle vision du monde sous-jacente à ce renouvellement ? Renouvellement par rapport à quoi ? Chez Aubry, il y a, certes, des vieux briscards du PS, les Fabius, les
Jospin... Mais chez Royal, dernière la façade jeuniste, il y a qui ? Les barons locaux, les Collomb, les Menucci, les Frêche. Et avec eux, tous ceux qui ont collaboré pendant 10 ans à la majorité
qui nous a mené à l'échec. Les Dray, les Rebsamen... Bref, ceux qui ont voté contre le peuple de gauche le 29 mai 2005. Souvenez-vous de vos luttes, de vos campagnes acharnées pour résister, à
cet époque, au lynchage politico-médiatique. On nous traitait de populistes, de xénophobes... Et c'est Royal, et ses barons locaux, qu'il faudrait choisir ? Regardez son staff. Or, Aubry, ce
n'est pas seulement Aubry, c'est aussi des militants qui se sont battus pour renverser cette direction du PS, au risque d'être en minorité. C'est Fabius. C'est Emmanuelli. C'est Hamon. C'est
Hammadi. C'est Filoche. Allons-nous voter pour Royal, la candidate de la direction sortante, qui ne compte que des ouistes, alors qu'Aubry fait la synthèse du oui et du non ?
Aubry, sûr, ce ne sera pas le grand soir. Ce ne sera pas la renaissance du PS. Mais ce soir, ce n'est pas la renaissance du PS qui se joue, c'est sa survie. Ce
soir, serons-nous encore des socialistes, ou les représentants d'un Modem bis ? La renaissance, elle devra se faire dans les 3 prochaines années, quand enfin le PS se sera remis au boulot sous la
direction d'une vraie opposante à la droite, une femme ancrée à gauche, et avec Hamon à ses côté (elle veut l'inclure dans la direction du parti), ça peut encore se faire. Il n'est pas encore
trop tard.
Mais pour ça, il faudrait que ceux qui, comme moi, ont voté Hamon, se reportent ce soir sur la moins pire des candidates, Martine Aubry.